Je déteste le bus le lundi matin. C'est un moment très spécial. Le réveil à sonné depuis un peu plus d'une heure, tu viens de me taper 15 minutes de marche en ayant l'impression de traverser la Sibérie emmitouflée dans toutes ses couches de vêtement. Tes doigts sont gelés malgré les gants, ton nez et le bout de tes oreilles ont pris une teinte tomate glacée.
Une fois que le bus arrive, tu t'installes tranquillement à ta place habituelle. Tu sais que pour l'instant tu ne risque rien. Tu as de la chance après tout de prendre le bus si tôt, car dans le bus, il y a une étrange hiérarchie : celle du premier arrivé. Bon il est 07h35, tu pars. Forcément tu es content, demain faudrait te lever à 5h30 pour prendre le bus de 6h35, mais aujourd'hui tu commences à 9h donc TOUT VA BIEN ! Ou presque... C'est en arrivant aux arrêts suivants que tu te mets en position défensive car il n'y a qu'une seule chose qui compte :
Personne ne doit te demander de s'asseoir à côté de toi.
C'est abominable, comment les gens peuvent-ils supporter cette proximité gênante ?
L'inconnu perturbateur entre dans ta kinésphère sans que tu ai le droit de protester. Mettre des sièges si proche, ça ne devrait pas être permis ! Alors lorsque des gens susceptibles de devenir des éléments gênants entre dans le car, tu les regarde attentivement. Un regard glacial d'abord lorsqu'ils passent près du chauffeur et ensuite, le regard doit se tourner vers la fenêtre ! Le secret c'est de ne pas les regarder, car finalement si la fatidique question tombe, on ne peut pas refuser. Cette moue semi-agressive que l'on tient tout le temps de l'arrêt peut se détendre dès que le bus a redémarré.
Bien sûr le problème du Lundi matin, c'est qu'à Anduze il y a un changement de car ! Et dans le second car, c'est toi qui doit trouver ta place dans cette dure jungle humaine !
Et les regards méprisants des voyageurs les rendent méprisables ! Tu te sens tellement méprisé qu'à ton tour tu trouves que ta méthode du mépris pour être tranquille est méprisable, tellement tu es méprisant.
Oui, tout est question de mépris.
Je déteste le bus du Lundi matin.